Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain, l'OFAC, a désigné le 17 septembre 2026 la plateforme d'échange de cryptomonnaies iranienne BitBank. La mesure vise aussi son développeur informatique, Pishtaz Simorgh Electronic Trade Company, et trois dirigeants proches du financier iranien Babak Zanjani, lui-même déjà sous sanctions américaines.
Que reproche l'OFAC à BitBank ?
Selon le Trésor, Zanjani s'est servi de BitBank entre juin et juillet 2026 pour faire transiter plusieurs centaines de millions de dollars en bitcoin vers le Corps des Gardiens de la révolution islamique, l'IRGC. Depuis juin, l'entité Hormuz Safe Marine Services Authority, elle aussi désignée, a utilisé la plateforme pour reverser au régime iranien les paiements qu'elle percevait. BitBank est présentée comme une place d'échange iranienne dont Zanjani vante les services sur ses réseaux sociaux depuis au moins 2024, et que plusieurs sociétés de son réseau affichent comme partenaire. Pishtaz Simorgh, qui développe le logiciel de la plateforme, est une filiale de Dot One Value Creation Group, un groupe déjà sanctionné. Ce n'est pas la première salve. L'OFAC avait désigné des entités et facilitateurs liés à Zanjani le 30 janvier 2026, puis le 24 juillet 2026. Condamné à mort en Iran en 2016 pour avoir détourné des fonds de la compagnie pétrolière nationale NIOC, Zanjani a vu sa peine commuée en 2024 avant de réapparaître publiquement en 2025 comme soutien de projets économiques liés au régime.
Qui sont les cibles de la décision ?
| Cible | Rôle décrit par le Trésor |
|---|---|
| BitBank | Plateforme d'échange iranienne |
| Pishtaz Simorgh | Développeur du logiciel de BitBank, filiale de Dot One |
| Hossein Ali Zaker Hossein | Impliqué dans l'essentiel des activités de contournement de Zanjani |
| Mohammad Mahdi Zaker Hossein | Directeur général de Pishtaz Simorgh, cadre de Dot One |
| Seyed Adel Heidari | Vice-président du conseil d'administration de Dot One |
Toutes les désignations sont prises au titre du décret présidentiel 13902, qui vise plusieurs secteurs de l'économie iranienne, dont celui des actifs numériques. Cette base juridique permet au Trésor de frapper directement des acteurs crypto iraniens, et pas seulement leurs intermédiaires bancaires.
Dans quel cadre s'inscrit cette action ?
La mesure relève de l'opération Economic Outcast, annoncée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent le 24 août 2026 sous le nom d'Economic D-Day. Le Trésor affirme avoir cartographié les réseaux, facilitateurs et canaux financiers utilisés par l'Iran pour écouler son pétrole et contourner les sanctions, en coordination avec l'Union européenne, le Royaume-Uni et des partenaires du Golfe. « Les désignations d'aujourd'hui montrent clairement que les tentatives de financer le régime iranien à l'aide de cryptomonnaies ne sont pas hors de portée de l'OFAC », a déclaré Bessent dans le communiqué. Le Trésor prévient qu'il continuera à viser l'écosystème crypto iranien ainsi que les acteurs internationaux qui le facilitent.
Pourquoi le bitcoin plutôt qu'un stablecoin ?
Bitcoin Magazine rappelle que les États-Unis avaient annoncé en juillet le gel d'actifs numériques liés au régime iranien, principalement des USDT de Tether. Un stablecoin peut être gelé par son émetteur, ce qui n'est pas le cas du bitcoin, dépourvu d'émetteur unique. Le même média note qu'Hormuz Safe, développée par le ministère iranien de l'Économie, accepte selon l'OFAC des paiements en bitcoin de navires empruntant le détroit d'Ormuz, et que l'Iran a lancé cette année un service d'assurance maritime adossé au bitcoin.
Que change la désignation pour les tiers ?
Tous les biens et intérêts des personnes et entités désignées situés aux États-Unis ou détenus par des personnes américaines sont bloqués et doivent être déclarés à l'OFAC. La règle s'étend aux entités détenues à 50 % ou plus par un ou plusieurs acteurs bloqués, directement ou indirectement. Sauf licence ou exemption, les transactions impliquant ces avoirs sont interdites aux personnes américaines et à toute opération transitant par les États-Unis. Le Trésor précise que les violations peuvent entraîner des sanctions civiles ou pénales, y compris pour des personnes étrangères, et que les pénalités civiles peuvent être prononcées en responsabilité objective, sans qu'il soit nécessaire de démontrer une intention. Pour un particulier, l'enjeu pratique est le même que pour tout intermédiaire non soumis au droit européen : les fonds déposés sur une plateforme désignée deviennent inaccessibles du jour au lendemain, et les contreparties qui y sont exposées risquent à leur tour une coupure du système financier américain. Le statut réglementaire compte autant que les frais quand il s'agit de choisir une plateforme d'échange crypto, et certains épargnants européens passent par des produits cotés adossés au bitcoin ou par des courtiers agréés dans l'Union pour éviter la question de la garde. L'OFAC renvoie par ailleurs à ses FAQ 1250 et 1257 sur le risque lié aux plateformes iraniennes.


