2,5 milliards de dollars en un seul mois. C'est ce que les ETF Bitcoin spot américains ont absorbé rien qu'en mars 2026, avec BlackRock en tête de gondole. Pendant ce temps, en Europe, on en est encore à démêler les sigles : ETF, ETP, ETN… et à se demander si on peut faire pareil depuis un compte-titres chez Boursobank.

La réponse courte : oui, c'est possible. Mais pas tout à fait de la même manière qu'aux États-Unis. Et surtout, ce n'est pas forcément le bon choix pour tout le monde.

Je vais vous expliquer concrètement ce que sont ces produits, combien ils coûtent, et dans quels cas il vaut mieux passer directement par un exchange.

Pourquoi les institutionnels achètent du Bitcoin via des ETF et pas sur Binance ?

La question peut paraître bête, mais elle a le mérite de poser le cadre. Un fonds de pension ou un gestionnaire d'actifs ne va pas se créer un compte Binance pour acheter 50 millions de dollars de Bitcoin. Il a besoin d'un produit régulé, audité, qui rentre dans ses processus de compliance.

C'est exactement ce que proposent les ETF spot Bitcoin aux États-Unis depuis janvier 2024. Le fonds achète et stocke du vrai Bitcoin, et l'investisseur achète des parts du fonds en bourse. Simple.

BlackRock, avec son iShares Bitcoin Trust (IBIT), domine le marché. En mars 2026, IBIT a capté à lui seul 600 millions de dollars sur une seule semaine. Au total, les 11 ETF spot américains gèrent environ 128 milliards de dollars d'actifs.

Le problème, c'est que ces produits ne sont pas accessibles aux particuliers européens. On ne peut pas acheter IBIT depuis un CTO français. Il faut se tourner vers les produits européens.

ETF, ETP, ETN : pourquoi l'Europe complique tout

En Europe, la réglementation UCITS interdit les fonds composés d'un seul actif. Un ETF qui ne contient que du Bitcoin ? Pas conforme. La directive exige de la diversification.

Résultat : ce qu'on trouve en Europe, ce sont des ETP (Exchange Traded Products), et plus précisément des ETN (Exchange Traded Notes). La différence n'est pas juste sémantique.

Un ETF détient directement l'actif sous-jacent et le met dans un fonds. Un ETN, c'est un titre de dette émis par une société. Cette société s'engage à vous rembourser la performance du Bitcoin, et elle détient (normalement) du Bitcoin en garantie. Mais juridiquement, vous détenez une créance, pas une part de fonds.

En pratique, pour l'investisseur, le résultat est quasi identique : le cours de l'ETP suit celui du Bitcoin. Mais le risque de contrepartie existe. Si l'émetteur fait faillite et que la ségrégation des actifs n'est pas parfaite, vous pourriez perdre votre mise. C'est arrivé rarement, mais ça reste une différence importante avec un vrai ETF.

Les 3 meilleurs ETP Bitcoin disponibles en France en 2026

Tous ces produits sont cotés sur des bourses européennes (Xetra, SIX, Euronext) et accessibles via un compte-titres ordinaire (CTO). Pas éligibles au PEA, par contre.

Bitwise Core Bitcoin ETP (BTC1), 0,20 % de frais annuels. Relativement nouveau sur le marché européen, il bénéficie de l'expertise de Bitwise, un acteur historique de la gestion crypto institutionnelle aux États-Unis.

21Shares Bitcoin Core ETP (CBTC), 0,10 % de frais annuels. Le moins cher du marché actuellement, avec plus de 470 millions de dollars sous gestion. 21Shares est un émetteur suisse spécialisé qui propose des ETP crypto depuis 2018.

CoinShares Physical Bitcoin, 0,15 % de frais annuels. Adossé à du Bitcoin physique, avec environ 1,45 milliard de dollars d'encours. CoinShares est l'un des plus gros gestionnaires crypto européens.

BlackRock a aussi lancé son propre ETP Bitcoin en Europe début 2025 sous la marque iShares, mais ses frais restent plus élevés que les trois produits ci-dessus.

ETP Bitcoin ou achat direct sur un exchange : le vrai comparatif

C'est la question que tout le monde se pose et à laquelle personne ne répond franchement. Alors allons-y.

Les frais. Un ETP facture des frais de gestion annuels (0,10 à 0,35 %). Vous payez aussi des frais de courtage à l'achat et à la vente via votre broker. Sur un exchange crypto, vous payez des frais de transaction (0,05 à 0,50 % selon la plateforme) mais pas de frais de gestion récurrents. Sur le long terme, l'achat direct est moins cher si vous gardez vos BTC plusieurs années.

La fiscalité. En France, les plus-values sur ETP Bitcoin sont soumises au PFU de 30 % (flat tax), comme n'importe quel produit financier. Les plus-values sur cryptos achetées en direct sont aussi imposées à 30 %, mais le régime fiscal est celui des actifs numériques (article 150 VH bis du CGI). En pratique, le taux est le même, mais la déclaration diffère.

La simplicité. L'ETP gagne haut la main pour quelqu'un qui a déjà un compte-titres et ne veut pas gérer de wallet, de seed phrase, ni s'inquiéter de la sécurité de ses fonds. Vous achetez et vendez comme une action.

La propriété. Avec un ETP, vous ne détenez pas de Bitcoin. Vous détenez un papier qui promet de suivre le cours du Bitcoin. Avec un achat direct, vous pouvez retirer vos BTC sur votre propre wallet. Cette distinction compte pour ceux qui veulent vraiment posséder leur crypto.

Dans quel cas choisir l'ETP ?

L'ETP fait sens dans plusieurs situations précises.

Vous avez déjà un CTO et vous voulez ajouter une ligne Bitcoin dans votre portefeuille boursier sans ouvrir un compte sur un exchange. Vous ne voulez pas vous occuper de la garde de vos clés privées. Ou vous êtes un investisseur « traditionnel » qui préfère tout centraliser chez le même courtier.

C'est aussi pertinent si vous voulez mettre en place un DCA automatisé directement depuis votre broker. Certains courtiers comme Trade Republic proposent des plans d'investissement programmés sur les ETP crypto, ce qui simplifie l'automatisation.

Par contre, si vous comptez utiliser vos BTC (paiements, DeFi, transferts), l'ETP n'a aucun intérêt. Vous ne pouvez rien faire avec vos parts à part les revendre.

Les pièges à éviter avec les ETP Bitcoin

Quelques points que les articles promotionnels ne mentionnent pas.

Le spread peut être important sur les ETP européens, surtout sur les petits encours. Si vous achetez un produit avec 10 millions d'euros sous gestion, la liquidité sera faible et le prix d'exécution médiocre. Privilégiez les gros encours (500M$+).

Certains ETP ne sont pas « physiquement répliqués ». Ils utilisent des swaps ou d'autres instruments dérivés pour répliquer la performance du Bitcoin. Vérifiez que votre ETP détient du vrai BTC en collatéral.

Les frais semblent faibles (0,10-0,35 %), mais ils s'appliquent en continu. Sur 5 ans, un ETP à 0,35 % vous coûte presque 1,75 % de votre investissement en frais de gestion seuls. Ce n'est pas anodin.

Enfin, attention à la devise. Beaucoup d'ETP sont cotés en USD. Si vous achetez depuis un CTO en euros, vous subissez le risque de change en plus de la volatilité du Bitcoin. Certains émetteurs proposent des versions hedgées en EUR, mais elles sont plus chères.

Mon avis : ETP ou exchange, c'est une question de profil

Je ne vais pas vous dire que l'un est mieux que l'autre. Ça dépend de ce que vous cherchez.

Si vous êtes déjà dans l'écosystème crypto, que vous avez un wallet et que vous savez ce que vous faites, acheter du Bitcoin sur un exchange comme Kraken ou Bitstamp reste plus économique et vous donne le contrôle total sur vos fonds.

Si vous êtes plutôt côté finance traditionnelle, que vous gérez votre patrimoine depuis un CTO et que le Bitcoin n'est qu'une ligne de diversification parmi d'autres, un ETP comme le 21Shares Bitcoin Core ou le CoinShares Physical Bitcoin fait parfaitement l'affaire.

Ce qui compte, c'est de comprendre ce que vous achetez. Un ETP, ce n'est pas du Bitcoin. C'est un produit financier qui suit le cours du Bitcoin. Pour beaucoup de gens, ça suffit. Pour d'autres, ça passe à côté de l'intérêt important des cryptomonnaies : la souveraineté financière.

Dernière mise à jour : mars 2026