Que contient un NFT StonkBrokers ?

La collection compte 4 444 pièces et vit sur Robinhood Chain, le réseau de seconde couche adossé à Ethereum que le courtier exploite. Chaque NFT dispose d'un portefeuille qui lui appartient en propre. La documentation du projet indique que ce portefeuille est approvisionné en actions tokenisées au moment de la frappe, puis qu'il peut recevoir des distributions de Stock Tokens une fois le personnage activé. Ces Stock Tokens sont les jetons par lesquels Robinhood donne une exposition à des valeurs comme Tesla, Amazon ou Nvidia. Ils sont proposés dans plus de 120 pays, mais pas aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada ni en Suisse.

Comment un NFT peut-il détenir des actifs ?

Par ERC-6551, un standard Ethereum qui attribue à chaque NFT un compte piloté par un contrat autonome, appelé compte lié au jeton. Un registre unique calcule une adresse déterministe pour chaque NFT, et le contrôle de ce compte revient au détenteur du NFT. Le dispositif n'exige aucune modification des contrats NFT existants. La proposition a été déposée le 23 février 2023 et se trouve encore en phase de relecture par les pairs, donc pas au stade final du processus de normalisation d'Ethereum. Conséquence directe : les Stock Tokens résident dans le sous-compte du NFT et non dans le portefeuille personnel de l'acheteur. Revendre le NFT sur un marché secondaire transfère le portefeuille avec lui.

Où se situe le point de friction réglementaire ?

Pour toucher les récompenses, un détenteur doit franchir plusieurs étapes prévues par les conditions du projet :

  • un filtrage géographique et réseau,
  • une attestation déclarant résider dans une juridiction autorisée,
  • l'immobilisation de jetons $STONKBROKER pour activer son personnage,
  • la publication de messages sur les réseaux sociaux faisant la promotion du jeu, de la collection ou du mécanisme dit « Clock In ».

Le NFT lui-même s'achète en revanche sur le marché secondaire sans passer par les vérifications d'identité imposées aux clients de Robinhood. Interrogée par Unchained, Ariel Givner, avocate fondatrice du cabinet Givner Law, y voit une zone grise sans précédent, à la jonction du collectible et du produit financier. Toujours selon Unchained, Ryón Nixon, associé fondateur du cabinet Horizons Law, rappelle que les Stock Tokens sont des titres de dette émis par une filiale offshore de Robinhood. Ils ne peuvent être ni achetés ni remboursés directement par des personnes américaines, mais circulent librement comme n'importe quel jeton ERC-20. Le protocole écarte ainsi certaines juridictions des points de contact qui déclencheraient des obligations de conformité. Le prospectus de base de Robinhood tempère cette lecture. L'émetteur s'y réserve le droit de déclarer un transfert nul et non avenu, de geler, bloquer, saisir, transférer, racheter ou recréer un jeton, et prévoit que les contrats bloquent les adresses identifiées comme sanctionnées. Un acheteur du NFT hérite donc d'un portefeuille sur lequel l'émetteur conserve ces pouvoirs, sans relation contractuelle directe avec lui.

Pourquoi le projet insiste-t-il sur le « travail » des détenteurs ?

En mars, la SEC et la CFTC ont retenu qu'un collectible numérique n'est pas en lui-même un titre financier, tout en maintenant qu'il peut être vendu dans le cadre d'un contrat d'investissement. C'est le test Howey qui s'applique alors : investissement d'argent dans une entreprise commune, avec une espérance de profit tirée du travail d'autrui. Les conditions d'utilisation de StonkBrokers évacuent méthodiquement la troisième branche. Elles interdisent aux participants d'employer les mots « royalty », « dividend », « yield » ou « passive income », qualifient les versements de paiement pour services rendus et rangent les bénéficiaires parmi les prestataires indépendants. N'importe quel portefeuille peut déclencher le « Clock In » qui libère une salve de récompenses, mais seuls les personnages activés les encaissent. Le précédent est connu. La SEC avait poursuivi Stoner Cats 2, LLC, la société derrière une série animée soutenue par Mila Kunis et Ashton Kutcher, pour offre de titres non enregistrés, en s'appuyant sur sa campagne marketing et sur une commission de 2,5 % prélevée sur les reventes. L'entreprise avait payé 1 million de dollars de pénalité, les commissaires Hester Peirce et Mark Uyeda exprimant leur désaccord.

Que recouvre le prix affiché ?

La frappe n'avait pas de prix, mais l'allocation supposait de brûler un NFT Clutch antérieur avant le 16 juillet. Unchained cite l'analyste pseudonyme Diamond, qui estime le coût de frappe autour de 37 dollars. Mardi après-midi, le prix plancher de la collection s'établissait à 8,50 ETH, soit environ 20 500 dollars au cours du 1er septembre, contre 7,65 ETH pour Bored Ape Yacht Club. Ce plancher ne résulte pas d'enchères ouvertes. Le teneur de marché automatisé du projet fixe chaque personnage à 666 666 $STONKBROKER majorés de 10 % de frais, si bien que le plancher suit le jeton, lequel a reculé de 14 % le même jour alors que le plancher affiché montait. Clutch Markets, la société des îles Caïmans derrière le projet, a déclaré le 25 août sur X avoir distribué plus de 1,57 million de dollars de récompenses marketing, un chiffre qui repose sur sa seule communication. Aux États-Unis, le cadre applicable à la tokenisation d'actifs financiers reste à écrire. Le projet d'exemption de la SEC pour les titres tokenisés a été retiré de son agenda en août et n'a jamais été publié.