Que dit le rapport publié par Chainalysis ?
Les adresses identifiées comme illicites ont reçu au moins 154 milliards de dollars en 2025. Chainalysis, société d'analyse de chaînes de blocs qui trace les flux pour les autorités et les plateformes d'échange, a publié ce chiffre le 8 janvier 2026, en introduction de son rapport annuel sur la criminalité crypto. La progression atteint 162 % sur un an. La société présente ce total comme une borne basse, calculée sur les seules adresses attribuées à ce jour. Elle indique que le chiffre sera révisé à la hausse à mesure que de nouvelles adresses seront identifiées. Rapportée au volume de transactions attribuées qu'elle surveille, la part illicite augmente légèrement par rapport à 2024 mais reste sous 1 %.
Pourquoi les stablecoins concentrent-ils ces flux ?
Les stablecoins représentent désormais 84 % du volume illicite recensé. Chainalysis rattache cette bascule aux mêmes propriétés qui expliquent leur adoption générale, la facilité des transferts transfrontaliers et une volatilité moindre que celle des autres actifs. Le reste du tableau ressemble à celui des années précédentes. Rançongiciels, distributeurs de logiciels malveillants, places de marché illégales et opérateurs d'escroqueries continuent d'alimenter les volumes, souvent au bout de la chaîne qui commence par une arnaque qui vide un portefeuille en un clic.
Quels acteurs étatiques pèsent dans le total ?
La hausse tient d'abord aux entités sous sanctions, dont les montants reçus bondissent de 694 % sur un an. Chainalysis précise que même à volume constant pour ces entités, 2025 resterait une année record, l'activité ayant augmenté dans la plupart des catégories.
| Acteur | Montant on-chain en 2025 |
|---|---|
| Pirates liés à la Corée du Nord | 2 milliards de dollars dérobés |
| Jeton russe A7A5 | plus de 93,3 milliards de dollars transigés |
| Réseaux liés à l'Iran | plus de 2 milliards de dollars |
Le piratage de Bybit en février pèse à lui seul près de 1,5 milliard de dollars, présenté par Chainalysis comme le plus important vol numérique de l'histoire du secteur. Le jeton A7A5, adossé au rouble, a été lancé en février 2025 et a franchi ce volume en moins d'un an. Pour l'Iran, le chiffre provient de portefeuilles confirmés dans des désignations de sanctions.
Qui fournit les services à ces réseaux ?
Chainalysis décrit l'émergence de réseaux chinois de blanchiment comme force dominante de l'écosystème illicite. Ces structures vendent du blanchiment comme un service et desservent aussi bien la fraude que le produit des piratages nord-coréens ou le contournement de sanctions. S'y ajoute une couche technique visible on-chain, faite de bureaux d'enregistrement de noms de domaine et d'hébergeurs qui résistent aux signalements et aux retraits. Le rapport relève par ailleurs des liens croissants entre activité on-chain et violence physique, avec des agressions destinées à forcer des victimes à transférer leurs actifs.
Quel rapport avec la ferme de minage saisie au Mexique ?
Dans l'État mexicain de Puebla, le parquet fédéral, la marine et les forces de sécurité locales ont investi une propriété isolée de la commune de Tlaola, dans la Sierra Norte. Le communiqué du gouvernement de Puebla évoque une piste de blanchiment liée au narcotrafic et un branchement présumé sur le réseau électrique. L'inventaire dressé sur place comprend :
- environ 300 cartes graphiques
- un transformateur et quelque 80 bornes de moyenne tension
- huit antennes internet par satellite
Un parc de cartes graphiques ne mine pas de bitcoins, la preuve de travail de Bitcoin étant verrouillée depuis plus d'une décennie par des circuits dédiés. Ce type de matériel vise des cryptomonnaies alternatives, ou sert de puissance de calcul GPU louée pour l'intelligence artificielle. Les autorités disent avoir repéré trois installations comparables dans le même périmètre au cours de l'année écoulée. L'enquête reste ouverte et aucune mise en cause n'est établie à ce stade. Chainalysis ne mentionne pas ce site, et rien dans son rapport ne permet de rattacher les machines de Tlaola aux volumes qu'il chiffre.
Que ne mesurent pas ces chiffres ?
Les estimations de ce type laissent de côté les paiements classiques aux trafiquants, faute d'éléments extérieurs permettant d'en établir l'origine criminelle. Un registre public ne distingue pas seul un virement criminel d'un transfert légitime. Chainalysis rappelle que ces volumes restent marginaux face à une économie crypto composée très majoritairement de transactions licites.


