Bitcoin et Ethereum sont les deux plus grosses cryptomonnaies, et c'est à peu près tout ce qu'elles ont en commun. L'une cherche à être une réserve de valeur que personne ne peut altérer, l'autre une plateforme sur laquelle construire. Les comparer sur le prix ou la vitesse passe complètement à côté du sujet.

Bitcoin est de l'or numérique, Ethereum est une machine à exécuter du code.Ce ne sont pas deux concurrents sur le même marché, ce sont deux projets qui ne poursuivent pas le même but.

Deux projets, deux intentions

Bitcoin naît en janvier 2009, quelques mois après l'effondrement de Lehman Brothers, sous la signature anonyme de Satoshi Nakamoto. L'objectif tient en une phrase : permettre d'échanger de la valeur sans banque et sans État, avec une quantité de monnaie fixée à l'avance et que personne ne peut modifier. Vingt et un millions d'unités, jamais une de plus.

Ethereum arrive en 2015, porté par Vitalik Buterin, un développeur de dix-neuf ans qui trouve Bitcoin trop limité. Son idée n'est pas de créer une meilleure monnaie mais un ordinateur mondial : une blockchain capable d'exécuter n'importe quel programme. L'ether n'est pas conçu comme une monnaie, c'est le carburant qui paie ces calculs.

Cette différence d'intention explique absolument tout le reste. Bitcoin refuse le changement parce que la stabilité est sa proposition de valeur. Ethereum change en permanence parce que c'est une plateforme, et qu'une plateforme qui n'évolue pas meurt.

Le tableau comparatif

CritèreBitcoinEthereum
Lancement2009, par un auteur anonyme2015, équipe identifiée
ObjectifRéserve de valeur, monnaiePlateforme d'applications
OffrePlafonnée à 21 millionsPas de plafond, émission variable
ConsensusPreuve de travailPreuve d'enjeu depuis 2022
ÉnergieTrès élevée, par conceptionNégligeable depuis 2022
BlocEnviron 10 minutesEnviron 12 secondes
ProgrammableVolontairement très limitéOui, c'est sa raison d'être
GouvernanceUltra conservatrice, tout changement est suspectFeuille de route active, mises à jour régulières
Mise à l'échelleLightning NetworkLayer 2 (Arbitrum, Base, Optimism)

Les trois différences qui comptent vraiment

1. L'offre : plafonnée contre variable

C'est le point le plus mal compris, et celui qui structure toute la thèse d'investissement.

Bitcoin a une quantité maximale gravée dans son code : 21 millions. La création de nouvelles unités est divisée par deux tous les quatre ans environ, et elle cessera complètement. Cette rareté programmée est l'argument central de ceux qui y voient un équivalent numérique de l'or.

Ethereum n'a aucun plafond. En revanche, depuis 2021, une partie des frais payés par les utilisateurs est détruite plutôt que versée aux validateurs. Résultat : quand le réseau est très utilisé, il détruit plus d'ether qu'il n'en crée et l'offre diminue ; quand il l'est peu, elle augmente légèrement. L'offre d'Ethereum est donc élastique et dépend de l'usage, là où celle de Bitcoin est fixe et dépend d'un calendrier.

Ni l'un ni l'autre n'est supérieur dans l'absolu. C'est un choix : la prévisibilité totale d'un côté, l'ajustement à l'activité réelle de l'autre.

2. La sécurité : électricité contre capital immobilisé

Bitcoin protège son registre en rendant l'écriture coûteuse en énergie. Réécrire le passé exigerait de refaire tout le calcul déjà accompli, plus vite que le réseau entier. La sécurité vient donc de biens extérieurs au réseau : des machines, de l'électricité, des choses qu'il faut acheter avec de l'argent réel.

Ethereum, depuis septembre 2022, protège le sien en exigeant des validateurs qu'ils immobilisent des ether qu'ils perdent s'ils trichent. La consommation d'énergie a chuté de plus de 99 %. Mais la sécurité repose désormais sur le jeton que le réseau émet lui-même.

Les partisans de Bitcoin y voient une circularité problématique. Ceux d'Ethereum répondent qu'attaquer le réseau détruirait la valeur de ce qu'on aurait dû acheter pour l'attaquer, ce qui suffit à dissuader. Le débat n'est pas tranché et ne le sera pas de sitôt, mais il est plus intéressant que la question de l'énergie prise isolément.

3. La programmabilité : limite assumée contre ouverture totale

Le langage de Bitcoin ne permet pas d'écrire librement des programmes. Ce n'est pas un retard technique, c'est un choix : moins de possibilités signifie moins de surfaces d'attaque. Un système qui garde de la valeur n'a pas besoin d'être polyvalent, il a besoin d'être incassable.

Ethereum a fait l'inverse en introduisant les smart contracts, ces programmes déposés sur la chaîne qui s'exécutent tout seuls. Toute la finance décentralisée, les jetons, les NFT et les organisations autonomes en découlent. Et tous les piratages de protocoles aussi, puisque chaque contrat est une surface d'attaque supplémentaire.

La leçon vaut d'être retenue : la quasi-totalité des vols massifs du secteur ont visé des applications construites sur Ethereum ou des ponts entre réseaux, pas les protocoles Bitcoin ou Ethereum eux-mêmes.

Lequel choisir ?

La question n'a de sens qu'une fois précisé ce que vous cherchez.

Pour conserver de la valeur sur plusieurs années, l'argument de Bitcoin est le plus lisible : une offre plafonnée, aucune équipe qui décide, une histoire de plus de quinze ans sans interruption ni faille protocolaire. C'est l'actif dont la proposition est la plus simple à énoncer, et la simplicité compte quand l'horizon est long.

Pour s'exposer à l'usage de la technologie, Ethereum est le pari cohérent. Détenir de l'ether revient à s'exposer à l'activité de l'écosystème entier, puisque chaque opération sur le réseau et sur ses Layer 2 consomme de l'ether et en détruit une partie.

Pour utiliser réellement, la réponse dépend de l'usage. Envoyer de gros montants avec un maximum de robustesse et sans urgence : Bitcoin. Utiliser des applications, échanger des jetons, prêter, emprunter : Ethereum, et en pratique un de ses Layer 2 pour ne pas payer plusieurs euros par opération.

Une remarque pour terminer, parce qu'elle est rarement faite. La plupart des portefeuilles diversifiés contiennent les deux, et ce n'est pas de l'indécision. Ce sont deux paris différents sur deux choses différentes : l'un sur la valeur d'une monnaie que personne ne contrôle, l'autre sur l'utilité d'une infrastructure. Ils peuvent parfaitement réussir ou échouer indépendamment l'un de l'autre.

Bitcoin ou Ethereum : les questions fréquentes

Quelle est la différence entre Bitcoin et Ethereum ?

Bitcoin est conçu comme une réserve de valeur, avec une offre plafonnée à 21 millions d'unités et un protocole volontairement peu modifiable. Ethereum est une plateforme sur laquelle on déploie des programmes, les smart contracts, dont découlent la finance décentralisée et les jetons. Bitcoin fonctionne en preuve de travail, Ethereum en preuve d'enjeu depuis 2022. Ce ne sont pas deux concurrents sur le même marché.

Bitcoin ou Ethereum, lequel est le meilleur investissement ?

Ce sont deux paris distincts. Bitcoin repose sur la rareté programmée et l'absence de toute équipe décisionnaire, avec une proposition simple et un historique de plus de quinze ans. Ethereum repose sur l'usage de son écosystème, puisque chaque opération sur le réseau consomme et détruit de l'ether. Le premier est un pari sur une monnaie, le second sur une infrastructure, et ils peuvent réussir ou échouer indépendamment.

Ethereum peut-il dépasser Bitcoin ?

En capitalisation, rien ne l'interdit, et cette hypothèse porte un nom dans le secteur. En pratique, Bitcoin conserve une avance considérable et bénéficie d'un statut particulier auprès des institutions, qui le traitent comme une classe d'actifs à part. La question reste ouverte, mais elle mélange deux actifs dont les usages n'ont pas grand-chose à voir, ce qui la rend moins pertinente qu'elle n'en a l'air.

Pourquoi Ethereum consomme-t-il moins d'énergie que Bitcoin ?

Parce qu'il a changé de mécanisme de consensus en septembre 2022. La preuve de travail de Bitcoin achète la sécurité en dépensant de l'électricité, et cette dépense est précisément ce qui rend le registre inattaquable : la supprimer reviendrait à supprimer la protection. La preuve d'enjeu d'Ethereum la remplace par l'immobilisation de jetons perdus en cas de triche, ce qui a réduit la consommation de plus de 99 %.

Peut-on faire des smart contracts sur Bitcoin ?

Pas au sens où on l'entend sur Ethereum. Le langage de Bitcoin est volontairement limité et ne permet pas d'écrire librement des programmes, ce qui réduit d'autant les surfaces d'attaque. Plusieurs projets travaillent à contourner cette limite sans modifier le protocole, mais l'écart de capacité avec Ethereum reste entier et c'est un choix assumé plutôt qu'un retard.

Lequel est le plus sûr, Bitcoin ou Ethereum ?

Les deux protocoles n'ont jamais subi de faille majeure et fonctionnent sans interruption depuis leur lancement. La différence porte sur ce qui est construit dessus : Ethereum exécutant des programmes, chaque application déployée ajoute une surface d'attaque, et la quasi-totalité des vols du secteur visent ces applications ou les ponts entre réseaux plutôt que les protocoles eux-mêmes. Bitcoin est plus sûr parce qu'il en fait moins.

Faut-il acheter les deux ?

C'est ce que fait la plupart des portefeuilles diversifiés, et ce n'est pas de l'indécision. Les deux actifs répondent à des thèses différentes, l'une sur la valeur d'une monnaie que personne ne contrôle, l'autre sur l'utilité d'une infrastructure. Rien n'oblige à choisir, et rien ne garantit non plus que les deux tiennent leurs promesses.

Quelle est la différence de frais entre Bitcoin et Ethereum ?

Sur les couches de base, les deux sont coûteux aux heures chargées, quelques euros par transaction selon la congestion. La différence vient des solutions de mise à l'échelle : Ethereum dispose de Layer 2 comme Arbitrum ou Base qui ramènent le coût à quelques centimes pour toutes les applications, tandis que Bitcoin s'appuie sur le Lightning Network, très efficace pour les paiements mais limité à cet usage.