Blockstream a mis fin aux discussions avec les personnes qui ont vidé une partie des réserves de Liquid. Dans un message publié sur X le 11 septembre, l'entreprise écrit qu'elle ne paiera aucune rançon pour la restitution des fonds et qualifie l'opération de vol, pas de divulgation responsable. Elle annonce travailler avec les forces de l'ordre, des plateformes d'échange, des prestataires de services et des spécialistes de l'analyse de chaîne pour retracer les bitcoins et identifier leurs auteurs. Liquid est une sidechain conçue par Blockstream, une couche parallèle à Bitcoin destinée aux règlements rapides. Les utilisateurs y déposent des bitcoins et reçoivent des L-BTC, des jetons adossés 1:1 aux BTC immobilisés dans un portefeuille géré par une fédération d'entreprises.

Comment les attaquants ont-ils créé des L-BTC sans contrepartie ?

Selon Decrypt, le défaut se situait dans la façon dont les nœuds Liquid mettaient en cache la vérification des preuves de montant. Les attaquants ont pu émettre des L-BTC sans bitcoins derrière, puis les échanger contre du bitcoin de réserve en passant par SideSwap, un membre de la fédération qui détient une clé d'autorisation de retrait vers la chaîne principale. La réserve est tombée à 197 BTC. Au total, environ 4 000 BTC ont quitté le portefeuille de la fédération le dimanche, soit près de 320 millions de dollars au cours du jour de l'attaque. Le lendemain, 3 400 BTC ont été renvoyés, environ 85 % du montant. Les 598,5 bitcoins restants, plus de 46 millions de dollars au cours du 11 septembre, n'ont pas bougé de l'adresse de retrait.

Où en est le réseau ?

ÉtapeFait
DimancheRetrait d'environ 4 000 BTC du portefeuille de la fédération
LundiRestitution de 3 400 BTC, 598,5 BTC conservés
MercrediPublication d'Elements v23.3.4
JeudiReprise de la production de blocs et des transactions

Blockstream indique avoir corrigé les nœuds de la passerelle en dix heures. Les retraits vers la chaîne principale, les peg-outs, restent désactivés par précaution pendant ce que l'entreprise décrit comme la dernière étape de la récupération. Un détenteur de L-BTC ne peut donc pas convertir ses jetons en bitcoins on-chain pour le moment, et rien n'indique publiquement quand cette fonction reviendra. L'entreprise a par ailleurs signalé des escrocs qui ciblent les opérateurs de nœuds depuis l'incident. Ce genre d'épisode rappelle que les vols en crypto passent aussi par des vecteurs bien plus banals que les failles de protocole, y compris un simple script injecté dans une page web.

Que demandaient les attaquants ?

Les échanges entre les deux parties ont eu lieu par messages inscrits dans des blocs Bitcoin. Dans l'un d'eux, les attaquants demandaient à Blockstream de corriger d'abord la faille et de s'assurer que tous les nœuds étaient à jour avant toute restitution. Le dernier message rapporté par Bitcoin Magazine change de ton : ils traitent l'entreprise de cupide et arrogante, menacent de publier l'intégralité des messages chiffrés échangés et réclament de garder 10 % des bitcoins au titre d'une prime de bug, faute de quoi les détenteurs subiraient selon eux une perte de 15 %. Blockstream répond qu'elle ne paiera pas pour récupérer un bien volé et qu'elle n'abandonnera pas ses utilisateurs. Aucune des deux sources ne fait état d'une compensation annoncée pour les porteurs de L-BTC.

Un précédent récent chez les détenteurs de bitcoins

L'affaire arrive deux mois après un autre vol de grande ampleur. Selon Bitcoin Magazine, plus de 1 800 bitcoins, près de 140 millions de dollars, ont été dérobés en juillet à des utilisateurs du portefeuille matériel Coldcard. Le fabricant, Coinkite, n'utilisait pas un véritable générateur de nombres aléatoires, ce qui permettait de deviner les phrases de récupération. Le choix du support de conservation pèse autant que celui du protocole, un point que détaille notre comparatif des portefeuilles pour stablecoins. Les deux incidents concernent des bitcoins sortis de la chaîne principale ou confiés à un dispositif tiers, une situation que l'on retrouve dès qu'il s'agit de mobiliser des BTC via un protocole externe. Sur Liquid, la restitution du solde reste entre les mains des attaquants.