Que reproche le Trésor américain à Xinbi Guarantee ?

Le 9 septembre 2026, l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) a désigné Xinbi Guarantee comme organisation criminelle transnationale. Il s'agit d'une place de marché en ligne en langue chinoise, utilisée selon le Trésor par des cybercriminels pour acheter des biens et des services soutenant des opérations de fraude visant des Américains. La plateforme fournit un service de séquestre, c'est-à-dire qu'elle retient les fonds d'une transaction jusqu'à sa bonne exécution, ce qui rassure des parties qui ne se font pas confiance. L'OFAC décrit Xinbi comme un nœud central reliant les opérateurs de centres d'arnaque du Sud-Est asiatique aux marchands qui leur vendent services financiers et technologies. Depuis sa création autour de 2022, la place de marché aurait traité l'équivalent de plus de 24 milliards de dollars en actifs numériques et en monnaie fiduciaire. Le Trésor indique qu'elle a été utilisée par des pirates nord-coréens ainsi que par des entités déjà désignées, dont Jin Bei Group et des sociétés du Prince Group.

Quelles sociétés sont visées aux côtés de la plateforme ?

Deux sociétés de développement d'applications basées en Asie du Sud-Est sont désignées pour avoir apporté un soutien matériel ou technologique à Xinbi Guarantee.

EntitéBaseRôle décrit par l'OFAC
Xinbi GuaranteeNon préciséePlace de marché illicite et service de séquestre
SafeW Technology Co., Ltd.SingapourMessagerie chiffrée SafeW, vers laquelle Xinbi a migré ses réseaux à partir de juin 2025
Anwen Technology Co., Ltd.CambodgeApplication de paiement et portefeuille XinbiPay, aussi appelé NewPay

La migration vers SafeW est présentée comme une réaction à la pression des forces de l'ordre. Xinbi encourageait ses utilisateurs à s'en servir pour coordonner acheteurs et vendeurs.

Combien d'actifs numériques ont été bloqués ?

L'action de l'OFAC s'accompagne d'une opération du ministère américain de la Justice. Sa Scam Center Strike Force a saisi le même jour des infrastructures et des portefeuilles utilisés par la plateforme. Selon Cointelegraph, les autorités ont immobilisé plus de 52 millions de dollars en cryptomonnaies liés à Xinbi et à son réseau de marchands. Deux portefeuilles servant à collecter les paiements des marchands, contenant environ 12 millions de dollars, ont été saisis, et des mesures de blocage ont été demandées pour 47 autres portefeuilles. Le communiqué du Trésor ne détaille ni les chaînes utilisées ni un éventuel passage par des réserves de liquidité d'un protocole décentralisé.

Qu'est-ce qui est interdit à partir de maintenant ?

Tous les biens et intérêts des personnes désignées situés aux États-Unis ou détenus par des personnes américaines sont bloqués et doivent être déclarés à l'OFAC. La règle s'étend aux entités détenues à 50 % ou plus par une ou plusieurs personnes bloquées. Sauf licence, les transactions impliquant ces biens sont interdites pour les personnes américaines et pour celles qui transitent par les États-Unis. L'OFAC rappelle que les sanctions civiles peuvent être appliquées en responsabilité objective, sans qu'il soit nécessaire de démontrer une intention. Un établissement financier étranger qui continue de servir ces entités s'expose lui aussi à des mesures. Concrètement, toute interaction avec le portefeuille NewPay ou avec les services de Xinbi relève désormais de ce périmètre, y compris pour un utilisateur qui ignorerait l'origine des fonds reçus.

Dans quelle série s'inscrit cette décision ?

La désignation intervient au titre du décret présidentiel 13581, modifié par le décret 13863, et s'inscrit dans le cadre du décret 14390 du 6 mars 2026 consacré à la lutte contre la cybercriminalité et la fraude visant les citoyens américains. Elle prolonge les désignations du Prince Group d'octobre 2025 et du 23 juin 2026, ainsi que la règle finale du FinCEN visant Huione Group au titre de la section 311, adoptée en octobre 2025 et amendée par une proposition de juin 2026. Le Trésor précise qu'après le classement de Huione Pay, des cybercriminels ont transféré leurs activités vers Xinbi, qui proposait des services comparables à une clientèle en partie identique. Londres avait déjà sanctionné Xinbi le 26 mars 2026 par l'intermédiaire du Foreign, Commonwealth and Development Office. Les fraudes décrites ici reposent sur la tromperie de la victime, et non sur une attaque technique comme l'interception d'une transaction en cours, ce qui limite l'effet protecteur des seules bonnes pratiques de conservation de ses clés en self-custody. « Les centres d'arnaque d'Asie du Sud-Est volent chaque année des milliards de dollars à des victimes américaines », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent.