Un pilote réunit des banques et des autorités financières d'Europe, du Moyen-Orient et d'Asie autour d'une infrastructure de portefeuilles et de transferts on-chain conçue pour résister aux futurs ordinateurs quantiques. Selon Cointelegraph, le Responsible Fintech Institute (RFI) et le fournisseur de conservation Safeheron ont annoncé l'initiative lundi.

Qui participe et à quel titre ?

Les rôles diffèrent d'une institution à l'autre. Bison Bank et DK Bank interviennent comme établissements financiers et testeront la génération de portefeuilles ainsi que des transferts, dans un environnement applicatif partagé. Trois régulateurs sont associés au projet :

  • l'Abu Dhabi Global Market, autorité de la place financière d'Abou Dabi
  • le Gelephu Financial Services Office, régulateur de la zone financière bhoutanaise
  • la Malta Financial Services Authority

Ces trois autorités se contentent d'observer la première phase. Elles doivent ensuite alimenter un chantier consacré à la gouvernance du dispositif. Le niveau d'implication varie selon les institutions, précise le RFI.

Sur quelle technologie repose le test ?

Le pilote s'appuie sur un protocole de calcul multipartite, une technique qui découpe une clé privée entre plusieurs machines pour qu'aucune ne détienne le secret complet. Ce protocole prend en charge ML-DSA-65, un standard de signature numérique post-quantique publié par le National Institute of Standards and Technology américain. Les transactions sont émises sur un testnet NEAR présenté comme résistant au quantique, autrement dit un réseau de test sans valeur économique. L'enjeu tient à la cryptographie à clé publique qui sécurise aujourd'hui les transferts bancaires comme les transactions blockchain. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait la casser, ce qui reviendrait à rendre lisibles des communications chiffrées et falsifiables des signatures. Remplacer les algorithmes concernés suppose de toucher aux fondations des systèmes existants. Les organisateurs prévoient de publier un livre blanc couvrant la recherche, la conception du protocole et les résultats des tests, puis d'ouvrir le code source de la technologie sous-jacente. À ce stade, aucun de ces documents n'est disponible et les performances annoncées ne peuvent pas être vérifiées de l'extérieur. Le dispositif reste un test, pas un produit accessible au public.

Que recommande la Banque des règlements internationaux ?

Le pilote arrive après un rapport de la BRI publié le 7 juillet 2025 sous le numéro 158 de la collection BIS Papers, signé par Raphael Auer, Donna Dodson et six autres auteurs. Le document propose un cadre pour faire migrer le système financier vers des infrastructures cryptographiques dites quantum-safe. Son message principal : commencer la transition dès maintenant, en s'appuyant sur deux fondations, la sensibilisation des équipes et l'inventaire cryptographique, c'est-à-dire le recensement de tous les endroits où une organisation utilise du chiffrement. Les auteurs jugent la cryptographie post-quantique viable à court terme, mais mettent en garde contre l'idée d'un simple remplacement d'algorithme. Ils citent plusieurs leviers pour maintenir la sécurité du système financier :

  • l'agilité cryptographique, soit la capacité à changer d'algorithme sans reconstruire le système
  • la défense en profondeur et les modèles hybrides, qui combinent ancienne et nouvelle cryptographie
  • une migration par étapes plutôt qu'une bascule unique

Le rapport évoque aussi la distribution quantique de clés, dont il reconnaît le potentiel à long terme. Plusieurs agences nationales de sécurité relèvent toutefois des obstacles d'infrastructure qui en limitent l'usage immédiat. Les vues exprimées dans ce document sont celles des auteurs et n'engagent pas nécessairement la BRI ni ses banques centrales membres.

Où en sont les autres régulateurs ?

La Hong Kong Monetary Authority s'est fixé pour objectif de rendre le secteur bancaire hongkongais pleinement préparé aux risques de sécurité liés au quantique d'ici 2030. Cette échéance dit l'horizon retenu par les autorités. Elle n'annule pas les menaces qui se matérialisent aujourd'hui, sans le moindre ordinateur quantique : l'interception d'une transaction par un attaquant placé entre l'utilisateur et le service ne demande aucune capacité de calcul exotique, et les 285 millions de dollars siphonnés sur Drift Protocol en avril 2026 sont partis par une faille de conception, pas par une clé cassée. Pour un détenteur de crypto, les arbitrages restent ceux du stockage en self-custody et du choix d'un portefeuille.