Le ministère public néerlandais a vendu les cryptomonnaies qu'il avait saisies chez Knaken, courtier néerlandais placé en faillite. La vente a rapporté 2,2 millions d'euros (environ 2,5 millions de dollars au cours du 17 août 2026), somme versée à la masse de la faillite. Le curateur désigné par le tribunal, Carl Hamm, indique que ce produit constitue à ce jour le seul argent disponible pour désintéresser les créanciers. Knaken permettait à ses clients néerlandais d'acheter, d'échanger et de conserver des cryptomonnaies via une application. La société fonctionnait sans l'agrément exigé par l'autorité des marchés du pays. Elle a coupé son service début juin 2026, et le tribunal de Rotterdam a prononcé la faillite le 16 juillet 2026, à la demande du parquet lui-même, au nom de l'intérêt public.

Combien les clients avaient-ils déposé ?

Hamm estime les sommes versées par les clients entre 10 et 12 millions d'euros (environ 12 à 14 millions de dollars). L'écart avec les 2,2 millions récupérés est donc considérable. Le curateur a écrit à environ 6 300 clients pour leur demander de revoir leurs attentes à la baisse. Selon CryptoBriefing, le manque estimé sur les fonds clients avoisine 7 millions d'euros et près de 30 000 clients se sont retrouvés bloqués hors de leurs comptes début juin.

Pourquoi les clients ne possédaient pas leurs cryptos ?

Le curateur décrit un montage simple. Un client qui plaçait 100 euros en Bitcoin payait 1 euro de frais à Knaken, et Knaken achetait une position de 99 euros sur une plateforme d'échange. Cette position appartenait à Knaken, pas au client. Le compte affichait une quantité de cryptomonnaie, alors que le client détenait un droit à la contre-valeur en euros. Beaucoup pensaient être propriétaires des jetons. Hamm ajoute que Knaken ne semble pas avoir détenu de cryptomonnaies correspondant à ces soldes, les investissements et les frais de fonctionnement ayant, selon lui, fini « dans un même pot ». Conséquence juridique : les clients ne réclament pas des jetons précis mais une créance en euros, sans garantie, sur une société insolvable. Cette distinction entre détention en propre et détention pour compte de tiers explique pourquoi le fait de garder ses cryptos dans son propre portefeuille change la nature du risque.

La vente par le parquet est-elle contestée ?

L'avocat d'un client lésé met en cause le droit du parquet à vendre ces avoirs. Il a demandé au diffuseur régional Rijnmond « à qui appartenait cette crypto », comparant la situation à un garage qui fait faillite et où votre voiture est vendue sans que vous en voyiez la couleur. Le parquet dit avoir eu de bonnes raisons et refuse de les détailler. Rijnmond rapporte qu'il s'est vraisemblablement appuyé sur une disposition autorisant la vente de biens saisis susceptibles de perdre de la valeur. Hamm dit comprendre la décision, la valeur des cryptomonnaies étant selon lui totalement imprévisible.

Quel était le passé de la société ?

Les difficultés remontent à 2020, avec le vol de 23 BTC lors d'un piratage. Le propriétaire, Ronald J., évoque des pertes de plusieurs millions, alors que les jetons valaient environ 140 000 euros aux prix de l'époque. Un tel épisode rappelle que la compromission d'un accès ou d'un portefeuille reste le point de rupture le plus fréquent pour une plateforme. La société a continué à recruter des clients et signé des accords de sponsoring avec plusieurs clubs de football :

  • Feyenoord, Sparta, Heracles et Heerenveen
  • Ajax, pour une courte période

Un client s'exprimant sous le pseudonyme Henk a expliqué à Rijnmond que la présence des clubs l'avait rassuré, qualifiant la situation de scandaleuse.

Que reproche-t-on au dirigeant ?

L'audience de faillite a établi que Ronald J. avait transféré 2,3 millions d'euros de Knaken vers une société qu'il contrôlait, opération que le tribunal a décrite comme une forme de conflit d'intérêts. Il affirme que ce montage servait à séparer les fonctions pour des travaux de marketing, et a transmis à Rijnmond des années de documents dans lesquels le diffuseur dit n'avoir vu aucun signe d'enrichissement personnel. Il rejette le chiffre d'investissement du curateur, soutient que Knaken opérait comme courtier avec chaque ordre enregistré chez un fournisseur de liquidité, et juge « manifestement incorrect » de dire que l'argent n'a pas été investi, tout en reconnaissant l'existence d'une part non couverte. Knaken n'a pas signalé ses problèmes à De Nederlandsche Bank. La banque centrale a confirmé que son mandat portait alors sur le blanchiment et le financement du terrorisme, la solvabilité restant hors de son champ. Le curateur examine par ailleurs si des transferts irréguliers ont eu lieu avant la faillite, ce qui pourrait ramener des fonds dans la masse.