Que s'est-il passé au NCFTA à New York ?

Chainalysis, société spécialisée dans l'analyse des transactions en chaîne de blocs, a organisé un sprint opérationnel de plusieurs jours destiné à convertir du renseignement crypto déjà collecté en pistes d'enquête utilisables. L'opération, baptisée Lighthouse, s'est tenue dans les locaux du National Cyber-Forensics and Training Alliance (NCFTA), à New York, et ses résultats ont été publiés le 25 août 2026. La cible : les réseaux de diffusion de CSAM, acronyme anglais désignant le matériel d'abus sexuel sur mineurs. Les participants ont travaillé sur les consommateurs, les vendeurs, les opérateurs de places de marché et les administrateurs de ces réseaux. Chainalysis indique que le sprint a été préparé par plusieurs mois d'enrichissement de données en amont.

Quels chiffres la société avance-t-elle ?

IndicateurVolume annoncé
Adresses crypto et identifiants numériques examinés29 120
Plateformes, forums et réseaux de diffusion visésplus de 100
Pistes d'enquête générées14 300
Comptes suspects identifiésplus de 7 700
Pays où des suspects ont été repérés125

Les 14 300 pistes proviennent de 11 plateformes d'échange et services de paiement. Parmi les comptes suspects signalés par les partenaires privés figurent 16 délinquants sexuels enregistrés. Les plateformes visées se répartissent entre le web ouvert et le dark web.

Qui était autour de la table ?

Chainalysis dénombre plus de neuf services répressifs, plus de treize partenaires privés et des associations spécialisées. Parmi ceux qui se sont exprimés ou dont la participation est mentionnée :

  • Europol, la police fédérale australienne, la Gendarmerie royale du Canada et la National Crime Agency britannique
  • les plateformes Binance et Coinbase, ainsi que l'entreprise de paiement Block
  • l'Internet Watch Foundation, association britannique qui traite les signalements de contenus pédocriminels, et le NCFTA, qui hébergeait l'opération

Danny van Althuis, chef d'équipe à Europol, souligne que les auteurs de ces infractions s'appuient sur les services financiers, les systèmes de paiement et les plateformes en ligne, ce qui impose à ces secteurs de coopérer. Tim Lucey, directeur des opérations du NCFTA, place ce type de partenariat public-privé au cœur de la mission de son organisation.

Pourquoi les enquêteurs passent-ils par les traces en chaîne ?

La crypto n'intervient que dans une petite part de l'activité liée au CSAM, précise Chainalysis, mais son usage a progressé ces dernières années. En parallèle, la capacité des enquêteurs à suivre ces flux s'est renforcée : les registres publics conservent chaque transfert, ce qui permet de relier des adresses à des comptes ouverts sur des plateformes soumises à des obligations d'identification. Gavin Sather, responsable de programme anti-exploitation sexuelle des mineurs chez Binance, met en avant cette transparence, qui complique la dissimulation durable des flux. Tyler Hand, directeur de la conformité de Block, relève que l'approche a permis d'identifier des réseaux alors même que les contenus illicites ne transitaient pas par les plateformes financières. Cette même transparence n'immunise contre rien d'autre : les utilisateurs restent exposés à des attaques qui ne laissent aucune trace utile en chaîne, comme l'interception d'une transaction entre un utilisateur et son interface. Le suivi se complique aussi quand les fonds empruntent un pont pour passer d'une blockchain à une autre.

Que ne disent pas ces résultats ?

Le communiqué ne fait état d'aucune arrestation, d'aucune inculpation et d'aucune décision de justice. Une piste d'enquête reste un signalement transmis aux autorités, qui doit ensuite être vérifié et instruit selon les procédures de chaque pays. Le chiffre de 7 700 comptes suspects émane des partenaires privés, pas d'un constat judiciaire. L'ensemble des données publiées provient de Chainalysis, qui vend ses outils d'analyse aux administrations et aux entreprises citées. Aucun document émanant d'un service répressif ne détaille de son côté le décompte des pistes ou des pays concernés. Chainalysis présente Lighthouse comme un modèle reproductible, applicable à d'autres formes d'activité illicite.