Que reproche la justice américaine à Alexander Gurevich ?

Alexander Gurevich, 49 ans, de nationalité israélienne, a comparu le 30 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district nord de Californie. Il répond d'un acte d'accusation établi en 2023, qui lui attribue l'exploitation du programme auto-exécutable du Nomad Bridge pour détourner 2,89 millions de dollars en cryptomonnaies. Le ministère américain de la Justice indique qu'il a été arrêté en Israël en mai 2025, puis extradé récemment vers les États-Unis. Le FBI mène l'enquête. Le bureau des affaires internationales du ministère et les autorités israéliennes ont apporté une assistance substantielle, précise le communiqué.

Comment le détournement s'est-il déroulé ?

Selon l'acte d'accusation, Gurevich aurait exécuté quatre transactions d'exploitation le 1er août 2022 ou aux alentours de cette date. Ces opérations auraient transféré 103 WBTC et 300 WETH depuis l'adresse de Nomad vers une adresse qu'il contrôlait, par des transactions non autorisées et non authentifiées. La valeur estimée de ces actifs était d'environ 2 894 390 dollars au moment des transactions. WBTC et WETH sont des jetons adossés respectivement à du bitcoin et à de l'ether, utilisés pour faire circuler ces actifs sur des chaînes où ils n'existent pas nativement. Peu après le vol, le prévenu aurait converti les fonds en d'autres cryptomonnaies, dont du bitcoin, puis les aurait répartis entre plusieurs adresses pour masquer leur origine, leur localisation et leur propriétaire.

Qu'est-ce qu'un pont cross-chain et pourquoi ces outils sont-ils visés ?

Nomad appartient à la catégorie des ponts. Ces infrastructures permettent de faire passer des cryptos d'une blockchain à une autre en immobilisant les fonds d'un côté et en émettant une représentation de l'autre. Les réserves sont détenues par du code, et non par un établissement, ce qui en fait des cibles concentrées. Le mécanisme repose sur des programmes déposés sur la blockchain qui s'exécutent automatiquement, ce que le communiqué du Department of Justice désigne par l'expression « smart contract ». Le texte ne détaille pas la nature de la faille exploitée en août 2022. Il qualifie seulement les transactions de non autorisées et non authentifiées. Ce type d'incident rappelle que la vérification du code ne supprime pas le risque. Un audit de smart contract réduit l'exposition sans l'annuler, et les fonds déposés sur un pont restent soumis au comportement effectif du programme qui les garde. D'autres détournements ont visé ces infrastructures, comme celui subi par Kelp DAO en avril 2026.

Quelles peines sont encourues ?

Trois chefs d'accusation ont été retenus : atteinte à un ordinateur protégé, transport interétatique de biens volés et blanchiment d'argent.

Chef d'accusationPeine maximaleAmende maximale
Atteinte à un ordinateur protégé10 ans de prison250 000 dollars
Transport interétatique de biens volés10 ans de prison250 000 dollars
Blanchiment d'argent20 ans de prison250 000 dollars

Ces montants correspondent aux maximums prévus en cas de condamnation. La peine effective relève du juge.

Qui porte le dossier ?

L'annonce a été faite conjointement par A. Tysen Duva, procureur général adjoint à la division pénale du ministère de la Justice, Craig H. Missakian, procureur fédéral pour le district nord de Californie, et Scott R. Schelble, agent spécial en charge au FBI. Les poursuites sont conduites par les avocats de l'accusation Jessica Peck et Ethan Cantor, de la section chargée de la criminalité informatique et de la propriété intellectuelle, avec le parquet fédéral du district nord de Californie. Le ministère rappelle qu'un acte d'accusation ne constitue qu'une allégation et que tout prévenu est présumé innocent jusqu'à preuve de sa culpabilité établie devant un tribunal. Le communiqué porte le numéro 26-1300.