La Corée du Nord a rejeté publiquement les accusations américaines liées au piratage de Binance. Dans une déclaration diffusée par l'agence officielle KCNA, Kim Yo Jong, sœur du dirigeant Kim Jong Un et responsable du département des affaires générales du parti, a parlé d'une « rhétorique absurde » et d'une « grave provocation politique » contre son pays.
Que reproche Pyongyang aux États-Unis ?
Selon la BBC, Kim Yo Jong accuse Washington de vouloir faire passer la Corée du Nord pour un État cybercriminel et de tromper l'opinion internationale en lui imputant les cyberattaques commises partout dans le monde. Elle affirme que le gouvernement nord-coréen s'oppose à tout acte malveillant dans le cyberespace. D'après Cointelegraph, elle est allée plus loin en suggérant de regarder qui récupérera les fonds volés une fois saisis pour identifier les responsables du piratage. La déclaration n'apporte aucun élément à l'appui de cette insinuation. Le même démenti porte sur le vol de 1,5 milliard de dollars subi par Bybit en février 2025, également attribué par le FBI à la Corée du Nord.
Sur quoi repose l'attribution du FBI ?
Le FBI a publié le 31 octobre 2026 un avis désignant l'opération nord-coréenne TraderTraitor, aussi connue sous le nom de Lazarus Group, comme responsable du détournement de plus de 6 milliards de dollars d'actifs. L'agence indique avoir observé la conversion des fonds dérobés principalement en Ethereum, avec un blanchiment attendu via des plateformes de finance décentralisée et des services d'échange instantané. Elle a demandé aux acteurs du secteur de bloquer les transactions impliquant les comptes liés au groupe. La société d'analyse de chaînes TRM Labs attribue l'attaque au même groupe avec un degré de confiance élevé, en s'appuyant sur des données on-chain et off-chain. Elle relève des similitudes avec de précédentes opérations nord-coréennes : préparation en amont, recours à Tornado Cash pour alimenter les portefeuilles des attaquants, exécution coordonnée de signatures de transactions obtenues au préalable. L'acheminement des fonds après le vol diffère en revanche de celui observé après Bybit. Chainalysis et l'enquêteur ZachXBT rattachent aussi le vol à des pirates nord-coréens, ce dernier ayant repéré un mélange de fonds issus de Binance et de Bitget à une même adresse après un passage par THORChain. Plusieurs administrations américaines travaillent en parallèle pour identifier et geler les actifs :
- le FBI et le Secret Service,
- la division criminelle de l'IRS,
- le département de la Justice.
Où en est Binance après le vol ?
La brèche du 29 octobre a touché les portefeuilles chauds de la plateforme sur dix chaînes différentes, pour environ 6,36 milliards de dollars de retraits non autorisés selon TRM Labs. Les premières vérifications de l'entreprise pointent l'ordinateur portable compromis d'un ingénieur, ce qui a permis à un attaquant de déclencher ces retraits. Ce type de compromission d'un poste de travail rappelle d'autres méthodes où un tiers se glisse dans le circuit d'une opération, comme l'interception d'une transaction par un attaquant.
| Date | Étape |
|---|---|
| 29 octobre 2026 | Retraits non autorisés sur dix chaînes |
| 31 octobre 2026 | Avis du FBI et vérification des réserves |
| 1er novembre 2026 | Réouverture des retraits par phases |
| 3 novembre 2026 | Démenti de Pyongyang via KCNA |
Les échanges sur les principales cryptomonnaies ont reprisage après que la plateforme a travaillé avec des émetteurs pour geler les actifs concernés. Binance a déclaré dimanche que ses clients avaient retiré plus de 3,6 milliards de dollars à la réouverture. L'entreprise répète qu'elle couvrira l'intégralité des pertes et dit avoir reconstitué environ 95 % des actifs dérobés sur ses fonds propres. Elle a aussi publié une vérification de ses réserves pour dix actifs majeurs, censée permettre aux utilisateurs de constater une couverture au moins égale à 1:1 au 31 octobre. Cet engagement de remboursement reste une promesse d'entreprise et non un mécanisme de garantie des dépôts comparable à celui d'une banque, ce qui pèse dans les critères de choix d'une plateforme d'échange, au même titre que le statut réglementaire de Binance en France. La plateforme n'a pas désigné publiquement les auteurs de l'attaque et poursuit son enquête sur la manière dont son infrastructure a été compromise.


