Que dit la banque centrale saoudienne ?

La Saudi Central Bank (SAMA) s'est retirée de mBridge, selon le Financial Times, dont l'information est relayée par Cointelegraph. L'institution avait rejoint la plateforme comme membre de plein exercice en juin 2024. Elle a arrêté sa participation après avoir achevé une preuve de concept le 13 mai 2025, d'après une déclaration de la banque centrale citée par le quotidien britannique. SAMA indique que cette fin de participation était prévue. Cointelegraph écrit avoir sollicité la banque centrale saoudienne sans obtenir de réponse avant publication. Aucun document de la Banque des règlements internationaux (BRI) ni des autres banques centrales participantes ne vient confirmer ce retrait dans les éléments publics disponibles, et l'état actuel du projet depuis son transfert aux partenaires n'est pas documenté publiquement.

Qu'est-ce que mBridge ?

mBridge est une plateforme de paiements transfrontaliers entre banques centrales, née en 2021 d'une collaboration entre le pôle d'innovation de la BRI, la Hong Kong Monetary Authority, la Bank of Thailand, l'institut de la monnaie numérique de la Banque populaire de Chine et la banque centrale des Émirats arabes unis. Chaque banque centrale y émet sa propre monnaie numérique et l'échange sur un registre partagé, plutôt que de passer par un stablecoin unique ou par la chaîne des banques correspondantes. Ce registre, le mBridge Ledger, est une chaîne de blocs construite pour cet usage et compatible avec la machine virtuelle Ethereum. Les quatre banques centrales fondatrices ont chacune déployé un nœud validateur. La validation n'y passe donc ni par le minage et sa dépense d'électricité ni par l'immobilisation de jetons, mais par les nœuds des institutions membres.

Où en était le projet ?

En 2022, un pilote de six semaines a réuni 20 banques commerciales de quatre juridictions. Plus de 12 millions de dollars ont été émis sur la plateforme, pour plus de 160 opérations de paiement et de change livraison contre paiement, représentant plus de 22 millions de dollars. La BRI décrivait alors des règlements de valeur réelle effectués pour le compte de clients d'entreprise. La plateforme a atteint le stade de produit minimum viable à la mi-2024, avec un cadre juridique et un rulebook dédiés. En octobre 2024, la BRI a passé la main aux banques centrales partenaires. À cette date, une trentaine d'institutions suivaient le projet comme observateurs, dont la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque de France et le centre d'innovation de la Fed de New York.

DateÉtape
2021Lancement du projet avec quatre banques centrales et la BRI
2022Pilote de six semaines avec 20 banques commerciales
juin 2024SAMA rejoint comme membre de plein exercice
mi-2024Stade de produit minimum viable
octobre 2024La BRI transfère le projet aux partenaires
13 mai 2025SAMA achève sa preuve de concept

Pourquoi le projet est-il scruté aux États-Unis ?

Un rapport de 2024 de la commission américaine sur les relations économiques et de sécurité avec la Chine estimait que mBridge pourrait à terme servir de système de règlement transfrontalier alternatif à des pays cherchant à contourner les sanctions américaines, rapporte Cointelegraph. Le même article indique qu'Agustín Carstens, alors directeur général de la BRI, avait écarté toute motivation politique derrière le départ de l'institution. Dans une intervention du 31 octobre 2024 à Madrid, Carstens a exposé sa vision d'un système financier tokenisé, avec de la monnaie de banque centrale sous forme numérique et des dépôts bancaires tokenisés sur un registre commun. Il y désignait les obligations d'État comme point de départ naturel de la tokenisation, un terrain que des acteurs privés occupent déjà en mettant des bons du Trésor américain on-chain.

Quelle est la position chinoise ?

La banque centrale chinoise s'intéresse de plus en plus au rôle des stablecoins dans les paiements transfrontaliers, note Cointelegraph. En juin, Wang Xin, directeur général du bureau de recherche de la Banque populaire de Chine, a appelé à surveiller de plus près les stablecoins et les monnaies numériques de banque centrale dans ces flux, et à renforcer la coordination internationale. Quelques mois plus tôt, les autorités chinoises avaient restreint l'émission non autorisée de stablecoins adossés au renminbi et d'actifs réels tokenisés, y compris par des entités étrangères.