Magic Internet Money (MIM) est un stablecoin émis par Abracadabra, le protocole DeFi fondé par Daniele Sestagalli (le même derrière Wonderland). Le concept : vous déposez des tokens productifs (des tokens de yield farming, des positions de lending) comme collatéral, et vous empruntez des MIM en échange. C'est comme emprunter des dollars en mettant en gage vos positions d'investissement. Le problème ? Le collatéral était souvent lui-même risqué, et quand tout a déraillé, MIM a perdu son peg au dollar.

Comment Abracadabra crée des MIM

Abracadabra utilise un système de "cauldrons" (chaudrons). Chaque cauldron accepte un type de collatéral spécifique. Vous pouvez déposer du yvUSDC (USDC staké sur Yearn Finance), du stETH (ETH staké via Lido), ou d'autres tokens productifs. En échange, vous empruntez des MIM à un taux de collatéralisation défini (généralement 75-90%).

L'avantage : votre collatéral continue de générer du rendement pendant que vous empruntez. Vous pouvez ensuite utiliser les MIM empruntés pour investir ailleurs, créant un effet de levier. C'est le "looping" : déposer → emprunter → réinvestir → déposer → emprunter... Certains utilisateurs empilaient 3 ou 4 couches de levier.

Le risque est évident : si le collatéral perd de la valeur et que vous n'ajoutez pas de garanties, votre position est liquidée. Et quand tout le monde est en levier, les liquidations en cascade font effondrer les prix encore plus vite.

Le dépeg de MIM et la crise Wonderland

En janvier 2022, après le scandale Wonderland/Sifu, MIM a temporairement perdu son peg au dollar (descendant à 0,97). Pourquoi ? Une partie significative du collatéral d'Abracadabra était du TIME (le token de Wonderland). Quand TIME s'est effondré, le collatéral derrière les MIM empruntés ne valait plus rien. Les liquidations se sont enchaînées.

Le MIM a retrouvé son peg ensuite, mais la confiance était entamée. L'épisode a montré le danger des stablecoins adossés à du collatéral crypto volatil. C'est différent d'un stablecoin comme l'USDC (adossé à des dollars et des bons du Trésor) ou même du DAI (qui exige un surcollatéralisation stricte).

MIM vs DAI vs USDC

USDC est le stablecoin le plus sûr du trio. Chaque USDC est adossé à un dollar détenu par Circle dans des banques régulées. Le risque est bancaire (si la banque fait faillite) mais minimal.

DAI (MakerDAO) est décentralisé et surcollatéralisé. Pour emprunter 100 DAI, vous devez déposer au minimum 150 dollars de collatéral. La surcollatéralisation protège contre les baisses de prix du collatéral.

MIM acceptait des collatéraux avec des profils de risque beaucoup plus élevés. Des tokens de yield farming qui pouvaient perdre 50% en une journée. Des positions de levier circulaires. La sous-collatéralisation en conditions de stress était presque garantie. C'est l'innovation et le risque de la "DeFi composable" : empiler des risques les uns sur les autres.

L'état du protocole aujourd'hui

Abracadabra continue d'opérer avec des cauldrons sur plusieurs chaînes (Ethereum, Arbitrum, Avalanche). Les cauldrons sont plus conservateurs qu'avant : le collatéral accepté est plus sûr, les ratios de collatéralisation sont plus stricts. Le protocole a appris de ses erreurs, au moins partiellement.

Le token SPELL (le token de gouvernance d'Abracadabra) a perdu plus de 99% de sa valeur depuis son ATH. C'est l'un des pires performers du cycle 2021. La TVL a considérablement diminué.

Si vous cherchez des rendements DeFi, les protocoles établis comme Aave ou Compound offrent des rendements plus modestes mais avec un profil de risque beaucoup plus sain. La DeFi composable et l'effet de levier ne sont pas pour les débutants.

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