FTX était le deuxième exchange mondial, valorisé 32 milliards de dollars, avec un fondateur en couverture des magazines. Le 11 novembre 2022, tout s'est arrêté : 8 milliards de dollars de fonds clients manquaient. En 2026, l'histoire touche à sa fin : Sam Bankman-Fried a perdu son appel, les créanciers ont récupéré des milliards, et ftx.com n'est plus qu'un portail de réclamations. Voici le récit complet, mis à jour avec les derniers chiffres.
Le crash, en deux minutes
FTX est tombé en une semaine de novembre 2022. Un article révèle que le fonds de trading maison, Alameda Research, repose sur le FTT, le token émis par FTX lui-même. Binance annonce vendre les siens, la panique s'installe, les clients retirent, et le 8 novembre le trou devient visible : environ 8 milliards de dollars de dépôts clients avaient été siphonnés pour financer les paris d'Alameda, des rachats d'entreprises, de l'immobilier aux Bahamas et des dons politiques. Le 11 novembre, FTX dépose le bilan. La confiance dans les exchanges centralisés met des années à s'en remettre, et le réflexe « not your keys, not your coins » redevient la règle numéro un du secteur.
Les condamnations : l'affaire est jugée
Sam Bankman-Fried a été reconnu coupable des sept chefs d'accusation en novembre 2023 et condamné à 25 ans de prison en mars 2024. Sa dernière vraie carte a brûlé le 12 juin 2026 : la cour d'appel fédérale a confirmé à l'unanimité la condamnation et la peine. Reste la voie politique : une demande de grâce présidentielle déposée le 8 juin 2026, encouragée par le précédent Changpeng Zhao, gracié fin 2025. Trump avait publiquement déclaré début 2026 qu'il ne gracierait pas SBF ; le dossier est posé sur son bureau.
Le premier cercle s'en est mieux sorti, coopération oblige : Caroline Ellison, ex-patronne d'Alameda, a purgé l'essentiel de ses deux ans et a été libérée début 2026 ; Gary Wang et Nishad Singh, les lieutenants techniques devenus témoins clés, ont échappé à la prison. Tous restent interdits de diriger une société cotée pendant des années.
Les remboursements : le paradoxe FTX
C'est la partie que personne n'avait anticipée en 2022 : la faillite s'est retournée. Entre la remontée du marché, la vente des participations (dont une part dans l'éditeur d'une IA majeure) et la récupération d'actifs, la masse à distribuer a dépassé les créances. Le plan validé fin 2024 prévoit de rendre aux clients environ 119 % de la valeur de leur compte, intérêts compris.
Les distributions s'enchaînent depuis février 2025 : environ 9,3 milliards de dollars versés en quatre tranches, les petites créances intégralement soldées à 120 %, les gros comptes clients autour de 96 % du principal et en passe d'être complétés. Une cinquième distribution démarre le 31 juillet 2026. Le suivi se fait sur le portail officiel du FTX Recovery Trust, avec passage obligé par une vérification d'identité.
Le paradoxe a pourtant un goût amer, et c'est la grande controverse du dossier : les créances ont été figées en dollars aux cours du 11 novembre 2022, Bitcoin à 16 871 dollars. Un client qui détenait 1 BTC touche donc environ 120 % de 16 871 dollars, quand son bitcoin vaudrait plusieurs fois plus aujourd'hui. Remboursé au sens du droit des faillites, lésé au sens crypto du terme : les recours de créanciers sur ce point ont tous échoué.
Et les clients européens de FTX EU ?
Les clients passés par l'entité chypriote régulée ont suivi un autre chemin : FTX EU a été repris par l'exchange Backpack, et les remboursements, en euros, ont été traités via un processus de réclamation ouvert au printemps 2025. Les Européens inscrits avant la création de FTX EU en mars 2022 relèvent, eux, de la procédure américaine classique.
Ce qui reste à solder
Deux gros litiges traînent encore : une action du fonds de recouvrement contre Binance et CZ pour récupérer 1,76 milliard de dollars liés au rachat de la participation de Binance en 2021, toujours pendante ; et la créance du fonds effondré Three Arrows Capital, gonflée à 1,53 milliard, que FTX conteste pied à pied. Leur issue déterminera le montant du solde final, mais plus la logique du dossier : la faillite FTX finira, chose rarissime, en excédent.
Les leçons, trois ans et demi après
La première leçon a été institutionnalisée : les preuves de réserves sont devenues un standard du secteur, et le règlement MiCA, qui a fait le grand tri des plateformes en Europe, doit beaucoup au traumatisme FTX. La deuxième n'a pas changé : un exchange centralisé reste une contrepartie, choisissez-le régulé, audité, et n'y laissez que ce que vous utilisez, le reste dans un wallet que vous contrôlez. La troisième est plus inconfortable : FTX n'est pas tombé faute de technologie, mais faute de contre-pouvoirs. Un homme seul contrôlait l'exchange, le fonds qui tradait dessus et la trésorerie des deux. Aucune blockchain ne protège de ça.
Questions fréquentes sur FTX
Les clients de FTX ont-ils été remboursés ?
Oui, pour l'essentiel : environ 9,3 milliards de dollars ont été distribués en quatre tranches depuis février 2025, avec une cinquième à partir du 31 juillet 2026. Les créances sont payées entre 96 et 120 % de leur valeur, intérêts compris, sur la base des cours de novembre 2022.
Pourquoi les créanciers s'estiment-ils quand même lésés ?
Parce que les créances ont été figées aux cours du dépôt de bilan, Bitcoin à moins de 17 000 dollars. Être remboursé à 120 % de cette valeur reste très inférieur à la valeur actuelle des cryptos détenues. Les tribunaux ont systématiquement confirmé cette règle du droit des faillites.
Où en est Sam Bankman-Fried ?
En prison, pour longtemps : 25 ans, confirmés en appel à l'unanimité le 12 juin 2026. Il a 34 ans. Sa demande de grâce présidentielle, déposée en juin 2026, reste l'ultime inconnue du dossier, nourrie par la grâce accordée à Changpeng Zhao fin 2025.
Que devient FTX aujourd'hui ?
L'exchange n'existe plus. Ftx.com héberge le portail de réclamations du FTX Recovery Trust, la structure chargée de liquider les actifs et de distribuer les fonds. L'entité européenne FTX EU a été reprise par l'exchange Backpack pour rembourser les clients européens en euros.
Un nouveau FTX est-il possible en 2026 ?
Le même scénario est devenu plus difficile en Europe : agréments MiCA obligatoires, fonds clients ségrégués, preuves de réserves généralisées. Mais la mécanique de fond, une contrepartie centralisée qui détient vos actifs, n'a pas disparu. La réponse structurelle reste la même : self-custody pour ce que vous gardez, plateformes régulées pour ce que vous tradez.


