5,7 milliards de dollars de TVL en moyenne sur 2025. Un pic à 13,4 milliards. Et personne en face. Pendle Finance occupe un créneau que les autres protocoles DeFi n'ont même pas essayé de lui disputer : la tokenisation des rendements.
Le concept est simple à expliquer, moins simple à maîtriser. Vous déposez un actif qui génère du rendement (du stETH, de l'eETH, du sDAI...), et Pendle le découpe en deux tokens séparés. L'un représente votre capital. L'autre représente les intérêts futurs. Les deux se tradent indépendamment.
Pourquoi s'embêter avec ça ? Parce que ça ouvre des stratégies qui n'existent tout simplement pas ailleurs en DeFi.
Comment fonctionne la séparation principal / rendement ?
Quand vous déposez un actif sur Pendle Finance, le protocole crée deux tokens :
Le PT (Principal Token) représente la valeur de base de votre dépôt. Si vous déposez 1 stETH, votre PT vaut 1 ETH à maturité. Avant maturité, il se trade avec une décote. C'est cette décote qui constitue votre rendement fixe : vous achetez du PT-stETH à 0,95 ETH, vous récupérez 1 ETH à l'échéance. Le taux est verrouillé dès l'achat.
Le YT (Yield Token) capture tout le rendement généré entre maintenant et la date de maturité. Si le staking ETH rapporte 4% annualisé, votre YT accumule ces 4%. Mais si le taux monte à 6%, vous gagnez plus que prévu. S'il tombe à 2%, vous gagnez moins.
En pratique, acheter du PT revient à prendre un taux fixe. Acheter du YT revient à parier que les rendements vont monter. Vendre du YT, c'est le contraire : vous pensez que les taux vont baisser et vous préférez encaisser maintenant.
C'est du trading de taux d'intérêt. Le même principe existe en finance traditionnelle depuis des décennies (les swaps de taux, les obligations à coupon zéro), mais Pendle l'a rendu accessible à n'importe qui avec un wallet.
Qui utilise Pendle et pourquoi ?
Trois profils reviennent souvent.
Les premiers, ce sont les gens qui veulent un rendement prévisible. Vous avez du stETH et vous ne voulez pas que votre APY fluctue entre 3% et 7% selon les semaines ? Vous achetez du PT-stETH et vous savez exactement ce que vous allez toucher. Pas de surprise.
Ensuite, il y a les spéculateurs sur les taux. Ceux qui pensent que le rendement du restaking sur EigenLayer va exploser achètent des YT pour s'exposer à cette hausse. L'effet de levier est naturel : un YT coûte une fraction du sous-jacent, mais capture 100% du rendement.
Et puis il y a les fournisseurs de liquidité. L'AMM de Pendle est conçu spécifiquement pour les actifs à rendement, avec une courbe qui minimise l'impermanent loss quand les tokens approchent de leur maturité. Les LP gagnent des frais de swap, des récompenses PENDLE, et parfois des airdrops des protocoles sous-jacents.
Pour ceux qui utilisent déjà des protocoles de lending comme Aave, Pendle offre une couche supplémentaire. Au lieu de simplement prêter vos ETH et espérer que le taux reste correct, vous pouvez verrouiller ce taux.
La mise à jour sPENDLE : ce qui a changé en janvier 2026
Le 20 janvier 2026, Pendle a remplacé son ancien système vePENDLE par un nouveau modèle : sPENDLE. Et c'est un changement qui compte.
Avec vePENDLE, il fallait bloquer ses tokens pendant des mois, voire des années, pour maximiser ses droits de vote et ses revenus. Le problème, c'est que personne n'aime immobiliser du capital indéfiniment en DeFi. Surtout quand le marché tourne.
sPENDLE résout ça avec du liquid staking. Vous stakez vos PENDLE, vous recevez du sPENDLE, et vous pouvez sortir en 14 jours. Si vous êtes pressé, la sortie instantanée coûte 5%.
Côté revenus, jusqu'à 80% des frais du protocole servent désormais à racheter du PENDLE sur le marché et à le redistribuer aux holders de sPENDLE. Les émissions de nouveaux tokens ont été réduites d'environ 30% avec un modèle algorithmique. Concrètement, moins de dilution et plus de redistribution.
C'est un pivot vers un modèle qui ressemble davantage à un buyback d'actions qu'à du yield farming classique. Et vu le volume que génère le protocole, les rachats ne sont pas symboliques.
Boros : le trading de funding rates, et bientôt les actions
Pendle ne s'est pas arrêté à la tokenisation des rendements DeFi. Avec Boros, lancé fin 2025, le protocole a créé un marché pour trader les funding rates des perpetuals.
Les funding rates, ce sont les paiements que les traders longs ou shorts se font entre eux sur les marchés de contrats perpétuels. Sur des plateformes comme GMX ou Hyperliquid, ces taux bougent constamment. Boros permet de les tokeniser et de les trader.
Et ça va plus loin. En 2026, Pendle prévoit d'ajouter des equity perpetuals sur Boros. Les premières annonces mentionnent le S&P 500, le NASDAQ, NVIDIA, Tesla et Amazon. Si ça se concrétise, vous pourriez trader la volatilité du S&P 500 depuis un wallet MetaMask. Sans broker, sans KYC, sans intermédiaire.
C'est ambitieux. C'est aussi le genre de promesse que beaucoup de protocoles ont faite sans livrer. Mais le track record de Pendle sur la V2 donne un minimum de crédibilité à l'annonce.
Citadels : la porte d'entrée pour les institutionnels
L'autre projet en cours, c'est Citadels. L'idée : une version de Pendle avec KYC, conforme aux régulations, conçue pour les fonds et les gestionnaires d'actifs qui veulent accéder au yield DeFi sans toucher directement aux pools permissionless.
Pas de date de lancement précise pour le moment. Mais que Pendle investisse dans cette direction, ça en dit long sur ce que veulent les gros poissons. Les institutionnels veulent du rendement DeFi. Ce qu'ils ne veulent pas, c'est l'incertitude réglementaire qui va avec.
Si Citadels fonctionne, Pendle pourrait capter une partie du marché de la tokenisation d'actifs réels (RWA), qui pèse déjà 11 milliards de dollars en 2026 selon les données du secteur.
Les risques à connaître avant de se lancer
Le protocole a beau bien fonctionner, il y a des choses à savoir avant de déposer quoi que ce soit.
D'abord, la complexité. Le système PT/YT est simple en théorie, mais en pratique, les rendements implicites, les dates de maturité et les courbes de l'AMM demandent un vrai temps d'apprentissage. Si vous ne comprenez pas ce que vous achetez, vous risquez de vous retrouver avec un YT qui expire à zéro parce que les rendements ont chuté.
Ensuite, le risque de smart contract. Pendle interagit avec de nombreux protocoles sous-jacents (Lido, EigenLayer, Ethena...). Un bug dans l'un d'eux pourrait affecter les positions sur Pendle. La TVL de 5,7 milliards veut dire que le protocole est une cible de choix pour les attaquants.
Et puis il y a le risque de liquidité. Certains pools PT/YT ont peu de profondeur, surtout sur les actifs moins populaires. Sortir d'une grosse position peut coûter cher en slippage.
Dernier point : le token PENDLE lui-même. Il a perdu de la valeur pendant la correction de début 2026, comme la quasi-totalité du marché. Le passage à sPENDLE améliore la tokenomique, mais ça ne garantit pas que le prix remonte. Le marché reste en mode Fear & Greed à 15, et 38% des altcoins tradent près de leurs plus bas historiques.
Est-ce que Pendle vaut le détour en 2026 ?
Ce qui me plaît avec Pendle, c'est que le problème qu'il résout est réel. La volatilité des rendements DeFi agace tout le monde. Un jour votre stETH rapporte 5%, la semaine d'après c'est 2,8%. Pouvoir figer un taux, ou au contraire jouer la hausse des rendements avec un levier naturel, ça répond à un besoin concret.
Le protocole a prouvé qu'il savait attirer du capital. Le passage à sPENDLE montre une équipe qui écoute les retours (personne n'aimait le verrouillage long de vePENDLE, et ils l'ont changé). Boros et Citadels, c'est plus spéculatif. On verra si ça tient ses promesses.
Si vous utilisez déjà des protocoles comme Curve Finance ou que vous stakez via des solutions de liquid staking, Pendle mérite au minimum d'être compris. Pas forcément d'y mettre du capital demain matin, mais de piger comment la tokenisation des rendements fonctionne. C'est un mécanisme qui va probablement se retrouver partout d'ici quelques années, que ce soit via Pendle ou via quelqu'un d'autre.
Et vous, vous avez déjà utilisé Pendle ? Ou c'est encore trop technique pour vous ? Les commentaires sont ouverts.



