600 millions de dollars de revenus annualisés. Plus de 70 % du marché des contrats perpétuels décentralisés. Et depuis quelques semaines, on y trade du pétrole brut, de l'or et des actions Tesla. Hyperliquid n'est plus juste un DEX parmi d'autres : c'est devenu une place de marché qui commence à ressembler, en termes de volumes, à certains brokers traditionnels.

J'ai passé pas mal de temps à regarder ce qui se passe sur la plateforme, et franchement, le constat est assez net : ce protocole joue dans une catégorie à part.

Hyperliquid, c'est quoi exactement ?

Pour résumer sans faire un cours magistral : Hyperliquid est un exchange décentralisé construit sur sa propre blockchain Layer 1. Pas un fork d'Ethereum, pas un rollup, pas un appchain Cosmos. Une chaîne dédiée, conçue de zéro pour le trading.

Le protocole utilise un consensus maison appelé HyperBFT, qui permet de traiter jusqu'à 200 000 ordres par seconde avec une finalité inférieure à la seconde. Concrètement, quand vous passez un ordre, il est exécuté on-chain en moins d'une seconde, sans frais de gas. Ça change pas mal de choses par rapport aux DEX classiques où chaque transaction coûte quelques dollars et prend 15 secondes.

L'interface ressemble d'ailleurs davantage à un Binance ou un Bybit qu'à un Uniswap. Carnet d'ordres classique, ordres limit, stop-loss, levier jusqu'à 40x sur plus de 188 paires. Les traders qui viennent du centralisé ne sont pas dépaysés.

Pourquoi tout le monde parle de Hyperliquid en ce moment ?

Parce que les chiffres sont difficiles à ignorer. En mars 2026, la plateforme a généré plus de 14 millions de dollars de frais en une seule semaine, soit une hausse de 56 % par rapport à la semaine précédente. Sur l'année, on parle d'un rythme de plus de 600 millions de dollars de revenus : ce qui le place dans le top 3 des protocoles Web3 par revenus, tous secteurs confondus.

Mais ce n'est pas juste une histoire de volumes. Ce qui a changé la donne, c'est HIP-3.

HIP-3 : quand un DEX crypto commence à trader du pétrole

HIP-3, pour Hyperliquid Improvement Proposal 3, est le standard qui permet à n'importe quel développeur de lancer un marché de contrats perpétuels pour n'importe quel actif. Or, pétrole, gaz naturel, indices boursiers... tout y passe.

Le résultat est assez parlant : l'open interest combiné sur les marchés HIP-3 a dépassé 1,5 milliard de dollars, avec 5,4 milliards de dollars de volumes en futures sur les matières premières et les actifs macro. Le contrat perpétuel sur le pétrole brut (WTI) est devenu le deuxième actif le plus échangé de la plateforme, juste derrière le Bitcoin. Devant l'ETH.

Il y a même des marchés pré-IPO pour des entreprises comme SpaceX, OpenAI et Anthropic. Environ 300 actions et ETF sont accessibles directement depuis un wallet, 24h/24, sans intermédiaire.

Pour un DEX qui a commencé avec du trading de perps crypto basique, c'est une transformation assez radicale.

Le modèle économique de HYPE tient-il la route ?

C'est la question que tout le monde devrait se poser avant d'acheter un token. Et sur ce point, Hyperliquid a un mécanisme qui mérite qu'on s'y arrête.

Environ 97 % des frais générés par le protocole sont utilisés pour racheter et brûler des tokens HYPE. Ce n'est pas un staking classique où on dilue les holders avec de l'inflation. Ici, plus le volume de trading augmente, plus il y a de tokens détruits, et plus l'offre en circulation diminue.

Au moment où j'écris, le HYPE se négocie autour de 35 dollars. Arthur Hayes, l'ancien patron de BitMEX, qui a ses défauts mais qui connaît les marchés de dérivés, a publiquement estimé que le token pourrait atteindre 150 dollars d'ici août 2026. Sa logique repose sur la croissance continue des volumes et l'effet déflationniste du mécanisme de burn.

Je ne dis pas que ça va arriver. Mais l'argument n'est pas délirant quand on regarde la trajectoire des revenus.

Quels sont les vrais risques avec Hyperliquid ?

Ce serait malhonnête de ne parler que des points positifs. Il y a des zones d'ombre.

D'abord, la décentralisation. Hyperliquid fonctionne sur sa propre chaîne avec un nombre limité de validateurs. Ce n'est pas Ethereum avec ses milliers de nœuds. Si le réseau rencontre un problème technique, il n'y a pas vraiment de "plan B" comme sur un Layer 2 qui peut se replier sur Ethereum.

Ensuite, l'accessibilité. La plateforme n'est pas faite pour les débutants. Le trading de perpetuals avec levier, ça reste du trading de produits dérivés. Les liquidations peuvent être violentes, et l'interface, même si elle est bien faite, suppose qu'on sait ce qu'on fait.

Il y a aussi la question réglementaire. Un DEX qui propose du trading d'actions, de matières premières et de pré-IPO sans licence... Les régulateurs n'ont pas encore bougé, mais ce n'est probablement qu'une question de temps. Le CLARITY Act aux États-Unis progresse, et la classification de ce type de produits reste un sujet ouvert.

Comment utiliser Hyperliquid concrètement ?

Pour accéder à la plateforme, il faut connecter un wallet compatible (MetaMask, Rabby, ou d'autres). Hyperliquid propose aussi une connexion par email avec un code de vérification, ce qui simplifie les choses pour ceux qui ne veulent pas gérer de seed phrase.

Les dépôts se font en USDC via Arbitrum principalement. Une fois les fonds déposés, on accède au carnet d'ordres et on peut trader immédiatement. Pas de KYC, pas de vérification d'identité.

Un point intéressant : Hyperliquid vient de lancer son application Android en version MVP début avril 2026. L'app mobile était un manque souvent critiqué par la communauté : c'est en train d'être corrigé.

Pour ceux qui veulent juste détenir le token HYPE sans trader des perps, il est disponible sur plusieurs exchanges centralisés.

Hyperliquid va-t-il remplacer les exchanges centralisés ?

Probablement pas demain. Binance et les autres ont encore l'avantage de la simplicité, du fiat on-ramp, et de la conformité réglementaire. Mais ce que montre Hyperliquid, c'est qu'un DEX peut offrir une expérience de trading comparable, voire supérieure sur certains aspects, à un CEX.

Le fait qu'il génère plus de revenus que la plupart des protocoles DeFi, qu'il attire des volumes sur des actifs non-crypto, et qu'il ait un mécanisme tokenomique qui aligne les intérêts des holders avec la croissance du protocole... tout ça en fait un projet à suivre de près, que vous comptiez trader dessus ou non.

La vraie question maintenant, c'est de savoir si la croissance des marchés HIP-3 va continuer au même rythme, ou si un durcissement réglementaire viendra freiner l'élan. À surveiller dans les prochains mois.